Samedi 21 janvier : Chiffres précis et compte-rendu détaillé de la réunion plateformes / associations de chauffeurs du 20 janvier 2017

Chiffres précis et compte-rendu détaillé de la réunion plateformes / associations de chauffeurs du 20 janvier 2017
Après un rappel de la méthode utilisée : audition des chauffeurs et transmission par les plateformes des données confidentielles, le Médiateur a rappelé l’objectif de la réunion d’élaborer d’un diagnostic partagé. La méthode de calcul des revenus des chauffeurs doit tenir compte des éléments suivants :

– calcul d’un chiffre d’affaires brut au mois à partir d’une moyenne horaire.

– déduction de la commission des plateformes en prenant comme référence les 25 %, la fourchette haute de la plateforme la plus importante du marché.

– pas de TVA car celle perçue est récupérée par les chauffeurs. C’est que l’analyse est faite sur le cas d’un chauffeur VTC travailleur indépendant affilié au RSI.

– les charges liées au véhicule comprennent le coût du véhicule lui même, les assurances, l’entretien, le nettoyage, les frais de parking et le carburant.

– les autres charges sont les frais de gestion, frais de représentation, téléphonie et divers.

Après un échange sur le montant du CA horaire la somme de 21 à 23 euros brut de chiffre d’affaires est considérée comme représentative de la moyenne. Elle est jugée un peu faible par certaines plateformes et un peu élevée par certaines associations de chauffeurs.

De ce fait et compte tenu du niveau différent de la commission de plateforme (entre 20 et 25% en général), le chiffre d’affaires horaire après prélèvement de la commission de la plateforme s’établit entre 16 et 18 euros. 

Ainsi, le chiffre d’affaires mensuel est de 2800 à 3100 euros pour 40h hebdomadaires et de 4100 à 4600 euros pour 60 heures hebdomadaires.

Sur ce montant brut les charges ont été retenues dans une fourchette entre une évaluation haute et une évaluation basse :

– les charges liées au véhicule sont évaluées entre 1800 et 2300 euros en fonction du type de véhicule et de son mode de financement, les autres charges liées au véhicule (entretien, nettoyage, parking et carburant) étant évaluées à environ 1100 euros mensuels (le carburant variant avec le kilométrage et donc la durée de l’activité)

– les autres charges (comptabilité, téléphonie, représentation, restauration, divers) sont évaluées entre 250 et 640 euros. L’écart entre les deux chiffres, qui est important, est principalement lié à la prise en compte (par des associations de chauffeurs) ou non (par le médiateur) des frais de restauration en cours d’activité

Le total mensuel des charges s’établit entre 2000 et 2900 euros, les deux principaux écarts portant sur le charge d’acquisition ou de location du véhicule lui même et la prise en compte ou non des frais de restauration pendant l’amplitude d’activité.

Sur la base de 40 heures d’activité hebdomadaires, le revenu mensuel du chauffeur (chiffre d’affaires mensuel net de commission plateforme moins total des charges) s’élève entre zéro et 1100 euros desquels il faut déduire le coût de la protection sociale évaluée, pour un indépendant au RSI autour de 30% du revenu.

Ainsi, l’activité ne permet pas de dégager un revenu décent sur la base de 40 heures d’activité hebdomadaire.

Sur la base de 60 heures d’activité hebdomadaire, le revenu mensuel du chauffeur s’établit entre entre 1200 et 2600 euros. La fourchette est large car l’écart de chiffre d’affaires horaire (21 à 23 euros) à un impact d’autant plus fort que la durée d’activité est longue. S’y ajoute principalement la fourchette large du coût du véhicule et la prise en compte ou non des frais de restauration pendant l’activité.

Déduction faite du coût de la couverture RSI, le solde disponible net pour le chauffeur s’établit entre 800 et 1800 euros: la fourchette est large et exprime l’écart entre un revenu décent et un qui ne l’est pas.

Ce qui paraît raisonnable et pertinent est de retenir le scénario correspondant à un chauffeur normalement professionnel et donc dégageant grâce à la bonne maîtrise de son activité un chiffre d’affaire horaire de 23 euros, soit le haut de la fourchette moyenne, tout en maîtrisant correctement ses charges notamment de véhicule. la moyenne pour le revenu.

Le revenu mensuel net de ce professionnel est alors autour de 1700 euros, entre 1600 et 1800 euros.

Samedi 21 janvier

Bonjour à toutes et tous,

Comme je vous l’ai indiqué hier, ce vendredi fut une journée importante, près d’un mois après le début de la médiation.

Pour la première fois, je réunissais ensemble les représentants des plateformes et ceux des organisations de chauffeurs. J’y avais renoncé jusqu’alors; les tensions entre les uns et les autres risquaient de dégrader le climat et nuire au progrès de la médiation. Un travail préalable en groupes distincts était nécessaire pour convaincre les uns et les autres que la médiation était là pour aller au fond des choses et établir des faits. Pas pour chercher des coupables. Pas pour prendre parti en désignant des vainqueurs et des vaincus.

Cette première réunion plénière portait sur le sujet fondamental de la rentabilité de l’activité VTC pour les chauffeurs et sur leurs conditions de travail.

Le débat a duré deux heures. Les échanges furent parfois vifs, souvent soutenus, quelque fois désordonnés, mais toujours respectueux. Mon rôle de médiateur était de veiller à l’équilibre des interventions en assurant à chacun qu’il puisse faire valoir son point de vue.

Je peux affirmer ici que cette réunion fut efficace car productive. Je souhaite remercier tous ses participants, représentants des plateformes comme des organisations de chauffeurs, pour la bonne tenue de nos échanges: de l’écoute sans invectives. 

Et des résultats: des progrès dans le sens d’une compréhension et d’un partage des conditions d’exercice du métier de chauffeur VTC, cœur du conflit.

Et puis, patatras !

Certains, dont je ne veux pas qualifier la démarche, ont jugé pertinent de médiatiser les choses dès vendredi après midi, avant que je n’ai eu le temps de rédiger le compte rendu précis et complet de cette réunion et de le publier sur le blog de la médiation. Pour que chacun ait accès à une information fiable et complète, comme je le fais chaque jour depuis le début de la médiation.

Médiatiser pour se faire valoir ? Je ne le sais pas. Mais en tout cas pas pour défendre l’intérêt des chauffeurs dont les préoccupations et les difficultés méritent mieux que des phrases à l’emporte pièce

Je ne les félicite pas. Au contraire je dresse trois cartons rouges! 

– Carton rouge pour celui qui affirme dans les médias que la réunion aurait montré que les chauffeurs travaillent à perte. C’est faux.

– Carton rouge pour son collègue qui déclare que l’ensemble du secteur aurait acté qu’il fallait travailler 60h par semaine pour gagner un peu plus que le SMIC. Ça n’est pas plus exact.

– Carton rouge pour celui qui me fait dire que j’évalue le revenu des chauffeurs a 1200€ mensuel pour 60h hebdomadaires. C’est tout aussi faux. Il suffit de lire mon blog pour le voir clairement: « Tous ces éléments m’ont été fournis par les chauffeurs et leurs organisations. Je vois (…) sur le même sujet les plateformes qui fourniront leurs chiffres ». Cette phrase est rédigée en gras pour qu’elle n’échappe à personne (sauf a ce rédacteur semble t’il).

Mais là n’est pas l’essentiel. L’essentiel c’est le compte rendu que je fais en tant que médiateur indépendant et impartial de l’avancement des travaux de la médiation. Les choses sont bien différentes des caricatures qui précèdent.

C’est que chauffeurs comme plateformes ont tort et raison à la fois.

Les plateformes ont tort lorsqu’elles soulignent que la majorité des chauffeurs connectés à leur plateforme dégage un revenu correct pour des durées de travail qui le sont également: la réalité est souvent plus difficile.

Les organisations de chauffeurs ont tort lorsqu’elles affirment qu’il est soit impossible de gagner sa vie dès lors qu’on exerce le métier de chauffeurs en étant connecté aux plateformes, soit qu’il faut travailler sur des durées très excessives pour dégager un revenu anormalement faible et précaire: la réalité est plus positive.

Les plateformes ont raison de souligner que les chauffeurs (sous statut indépendant) sont en mesure de dégager un revenu correspondant correctement à leur niveau de qualification professionnelle dès lors qu’ils respectent plusieurs modalités naturelles d’exercice du métier: 

– etre en activité durant les amplitudes qui prévalent dans les autres transports privés (taxis, camions…) comme dans la plupart des activités professionnelles indépendantes; 

– être attentifs au montant de leurs charges (comme l’est tout entrepreneur); 

– orienter leur activité au sur les créneaux horaires et zones les plus porteurs et les mieux rémunérés (comme le fait tout professionnel).

Quant aux organisations de chauffeurs, elles ont raison de penser que tous les chauffeurs n’atteignent pas cette situation et que nombreux sont les chauffeurs qui ne parviennent pas à s’en sortir, avec des dégâts humains malheureusement bien réels. 

Pour être complet sur le diagnostic partagé entre plateformes et organisations de chauffeurs, je publierai dans quelques heures les chiffres précis sur lesquels nous avons convergé pendant la réunion. Mas j’apporte des à présent quelques précisions :

1) Un chauffeur doit être actif environ 10h par jour et six jours par semaine pour dégager un revenu correspondant à ce qui prévaut pour le niveau de qualification requis. Est ce excessif ? Bien sûr, en première approche. Mais rappelons que c’est également la durée d’activité des taxis. Soulignons également que c’est là une amplitude d’activité plus qu’une durée du travail. En effet un chauffeur conduit effectivement des clients environ 30mn par heure de présence. Je donne là une description des choses, pas un jugement.

2) un chauffeur travailleur indépendant dont le chiffre d’affaires est conforme aux moyennes observées par les plateformes dans leur système d’information et qui maîtrise correctement ses charges dégage un revenu net estimé à environ 1700€ mensuels. 

3) Les écarts sont importants. Ainsi, si le chiffre d’affaires horaire est en moyenne constaté dans les systèmes d’information entre 21 et 23€, certains chauffeurs ont des performances sensiblement inférieures alors que d’autres atteignent 25 à 30€. 

Ces écarts illustrent bien la diversité des pratiques professionnelles et, partant, l’existence de « bonnes pratiques » qu’il sera évidemment utile de mieux faire partager par l’ensemble des chauffeurs.

4) A ces observations, trois compléments doivent être apportés

– les chauffeurs malades ou accidentés ne sont pas rémunérés. C’est pourquoi la loi El Khomri a prévu la mise en place d’un régime accidents du travail. Ce sujet sera débattu avec plateformes et organisations de chauffeurs mardi prochain dans le cadre de le médiation.

– ces chiffres sont mensuels et ne comportent donc pas de congés annuels. Un chauffeur doit donc épargner sur son revenu mensuel pour financer ses congés annuels (comme tout travailleur indépendant) 

– la connexion simultanée à plusieurs plateformes est une pratique améliorant la situation du chauffeur. Elle lui permet dans son temps d’activité de réaliser plus de courses. C’est pour cela qu’elle se développe. Aucune source statistique n’est malheureusement disponible en la matière, chaque plateforme ne disposant d’information que sur ce qui passe par son application. 

Je conclue cette présentation en indiquant que ces constats ont été globalement partagés par les plateformes et organisations de chauffeurs. Les plateformes ont toutefois estimé que les chiffres d’affaires réels leur paraissaient être légèrement supérieurs; et les organisations de chauffeurs légèrement inférieurs. 

En tant que médiateur indépendant et impartial, j’affirme que ces chiffres constituent des ordres de grandeur réalistes, correctement représentatifs des moyennes. Mais je souligne aussi que les écarts sont importants. Il existe incontestablement des situations difficiles avec les conséquences néfastes qu’elles provoquent. Et un certain nombre de chauffeurs parviennent à de meilleurs résultats que ces moyennes. Une de mes recommandations de médiateur (mais pas la seule !) sera d’assurer que les bonnes pratiques du métier, indispensables à son équilibre, soient communiquées à tous les chauffeurs qui se lancent dans le métier de VTC.

Vendredi 20 janvier

Bonjour,

Mercredi, j’ai dialogué avec des chauffeurs présentés par les organisations. Principaux sujets: leurs revenus et leurs conditions de travail. J’en ai rendu compte dans mon billet de ce jeudi matin.

Jeudi, j’ai visité le centre d’accueil des chauffeurs d’Uber à Aubervilliers et le siège de Chauffeur Privé à Issy les Moulineaux.

La visite chez Uber a été consacrée à échanger avec des chauffeurs venant pour traiter différentes difficultés qu’ils peuvent rencontrer dans leur activité. J’ai pu observer le travail auprès d’eux du personnel d’accueil d’Uber  

Je retiens plusieurs éléments de cette visite:

D’abord, les chauffeurs venant consulter sont très nombreux, ce qui signifie que sont également nombreux les sujets pour lesquels ils ont besoin d’un contact direct avec la plateforme.Ensuite, l’accueil est de qualité: locaux spacieux et modernes, parcours facilement lisible, personnel d’accueil… accueillant.

Enfin, le nombre important et la diversité des questions qu’ils posent reflètent la complexité des situations auxquelles ils sont confrontés : accès au métier, formation, examen, déconnexion, changement de véhicule, de capacitaire….. Et je suis sûr qu’en près de trois heures sur place je n’ai pu prendre connaissance que d’une partie des questions qui se posent ! 

J’ai eu conscience des soucis, pour ne pas dire des angoisses, qui peuvent être ceux de chauffeurs confrontés à des problèmes, notamment administratifs, insurmontables s’ils doivent les affronter seuls.

J’en retire une conclusion: devant la complexité des méandres administratifs et des circuits économiques, les chauffeurs ont besoin de disposer d’une assistance administrative et technique sans laquelle un homme isolé peut être vite dépassé. 

La visite chez Chauffeur Privé, l’après midi, fut d’une nature différente.

Les échanges avec les responsables de cette plateforme ont porté sur le modèle de revenu des chauffeurs. 

Cette visite m’a permis de rencontrer les responsable des différents services de la plateforme: 

– service technique, au sein duquel j’ai compris combien pouvait être complexe l’application, en perpétuelle évolution.

– au service marketing j’ai observé la démarche continue d’amélioration du service client.

– et au service commercial les conditions de réponse aux appels d’offre.

– enfin, le service exploitation m’a rappelé ce que j’ai connu naguère à la RATP.

J’ai aussi pu parler avec quelques chauffeurs venus s’inscrire sur cette plateforme: leur souhait est de pouvoir se connecter à plusieurs plateformes pour améliorer un revenu jugé insuffisant.

Première réunion plénière 

Aujourd’hui vendredi se tient la première réunion plénière de la médiation rassemblant plateformes et associations de chauffeurs. Elle porte sur les modèles de revenus et la durée de travail des chauffeurs. 

En prévision de cette réunion les plateformes m’ont transmis, comme je leur avais demandé, les chiffres précis où les estimations dont elles disposent au sujet des revenus et des charges des chauffeurs. 

Ces éléments montrent que les situations peuvent être très diverses. 

Il apparaît une différence entre les chauffeurs débutants ou peu expérimentés et ceux disposant d’une connaissance fine du métier et possédant des « trucs » leur permettant d’accroître leur revenu horaire et de maîtriser leurs charges.

Cette forme de professionnalisme liée tant à l’expérience qu’à un sens pratique des bons horaires et des bons lieux est-il une condition pour que le métier de VTC soit viable? Vos commentaires m’intéresseraient. 

Ce sera un des sujets que nous aborderons demain dans un effort pour cerner les situations réelles mais très diverses des chauffeurs VTC, les causes de cette diversité et les facteurs pouvant contribuer à la viabilité du métier. 

Jeudi 19 janvier

Bonjour à toutes et à tous,

La journée fut consacrée à écouter et dialoguer avec des chauffeurs qui m’ont été présentés par des organisations de chauffeurs: CAPA, UNSA, AMT et CFDT.

Le point central est celui des revenus du chauffeur VTC. C’est le cœur du problème. Le point dont il faut partager la compréhension pour pouvoir partager d’éventuelles solutions propres à résoudre les difficultés constatées.

L’exercice de clarification est donc indispensable. Mais il n’est pas simple tant les situations peuvent être diverses et, plus encore, les perceptions des uns et des autres.

Je souhaite tout d’abord remercier les chauffeurs qui ont pris le temps de venir me rencontrer et me présenter leur situation et leur vision des choses. Ils ont ainsi contribué à ma compréhension de la situation et, du même coup, à ma capacité à concevoir et proposer des solutions.

Je précise dès à présent qu’après avoir consacré cette journée de mercredi à rencontrer des chauffeurs conduits par les organisations de VTC, je passerai celle de jeudi à rencontrer d’autres chauffeurs présentés cette fois par les deux plus importantes plateformes: Uber et Chauffeur privé. 

Je vous rendrai compte des échanges ce jeudi soir comme je le fais pour aujourd’hui. 

Je retiens trois points des échanges de cette journée:

1) il y a convergence des témoignages sur le niveau du chiffre d’affaires moyen des chauffeurs: autour de 23€ de l’heure auxquels il convient de déduire la commission de la plateforme (25% pour Uber) et la TVA (10%). Restent pour le chauffeur 15€ par heure travaillée. Soit environ 2500 € de chiffre d’affaires mensuel pour 40h de travail hebdomadaire et 3800€ pour 60h. Notons que ce calcul exclue toute période de congés laquelle exigerait de réduire ces chiffres de 10%.Ces 15€/heure sont un chiffre d’affaires. Il faut en retirer les charges pour parvenir à la rémunération nette du Chauffeur VTC.

2) Pour les charges, les présentations qui m’ont été faites sont moins précises et moins convergentes. En essayant de retenir des moyennes, les charges pour un VTC indépendant s’élèveraient à 2000 € par mois et à 2300 € pour un salarié de capacitaire.

550 à 650 € pour la voiture 

250 à 350 € pour l’assurance

500 à 600 € pour le carburant

Environ 200 € pour le garage et le nettoyage

Environ 300 à 400 € de divers: téléphone, comptable, gestion, amendes…

Total: 1800 à 2200 € de charges fixes.

Ces charges sont fixés, et donc indépendantes du volume d’activité, hormis le carburant (essentiellement).

Enfin, pour un salarié LOTI, s’ajoutent à ces charges encore 10% environ prélevés par le capacitaire.

Le revenu mensuel du chauffeur est donc d’environ 1800 € (3800 € de recettes moins 2000 € de charges) pour 60h de travail hebdomadaires (et 500 € pour 40h).

Le chauffeur indépendant consacre un tiers de ce revenu à payer le RSI et il lui reste un revenu net disponible de 1200 € pour 60h de travail hebdo et un peu plus de 300 € pour 40h (sans aucun congés annuels, rappelons le).

Je souligne ici quelques points:

– ce sont là des moyennes qui agglomèrent des situations très contrastées, notamment en fonction du véhicule, de l’ACRE… 

– il apparaît clairement qu’il n’est pas possible de dégager un revenu permettant de vivre en travaillant 40h / semaine 

– pour 60h, le revenu net est proche du SMIC, le chauffeur n’étant couvert ni pour les accidents du travail, ni pour le chômage et ne prend pas de congés annuels 

– le chauffeur salarié LOTI a un revenu net disponible autour de 900 à 1000€ pour 60 heures travaillées plutôt que les 1200 € pour un chauffeur indépendant

– il est surprenant que les chauffeurs paient la TVA sur la part du prix payé par le client correspondant à la commission de plateforme puisqu’ils ne perçoivent pas cette commission.

Enfin les chauffeurs rencontrés soulignent que depuis octobre 2015 la situation ne cesserait de se dégrader: fin des aides au démarrage attribuées par Uber, baisse des tarifs, arrivée de très nombreux nouveaux chauffeurs, notamment via les capacitaires LOTI offrant un revenu plus faible aux chauffeurs, et donc offre croissant plus vite que la demande, effet des attentats, modèle Uber Pool moins rémunérateur pour les chauffeurs du fait de la commission de 35%, augmentation de 20 à 25% de la commission Uber…

3) Certains chauffeurs font valoir une situation bien plus dégradée 

– avoir une clientèle directe serait devenu quasi impossible compte tenu du niveau des prix trop bas pratiqués par les plateformes 

– pour nombre de chauffeurs, pour diverses raisons, le revenu net disponible serait proche de zéro 

– il serait possible de rester pour des périodes longues sous licence Hinter censées pourtant, moyennant rémunération, assurer uniquement les transitions courtes pendant les délais administratifs de délivrance des cartes VTC 

– des fraudes seraient courantes: fausses cartes VTC, permis de conduire modifié pour faire apparaître plus de 3 ans d’ancienneté, cartes grises également modifiées pour permettre à des véhicules de plus de six ans de circuler comme VTC connectés, circulation avec une assurance de particulier et non pas professionnel, déclaration d’horaires de travail minorés par des capacitaires permettant ainsi d’éviter des cotisations sociales tout en afficher un respect des taquets horaires du code du travail et même absence totale ou partielle de déclaration et de paiement des charges sociales et fiscales. 

J’ajoute un point essentiel que je demande à chacun de ne pas perdre de vue: tous ces éléments m’ont été fournis par les chauffeurs et leurs organisations. Je vois ce mercredi sur le même sujet les plateformes qui me fourniront leurs chiffres, leurs observations et leur analyse de la situation.

Merci pour votre confiance!

Merci pour votre confiance!

Dès les premiers jours de l’année un certain nombre d’organisations de VTC ont appelé à une nouvelle journée de mobilisation le 16 janvier. 

Parallèlement la médiation a commencé, trop lentement, mais avec la volonté d’établir de la clarté et de dégager des faits. 

Il ne pouvait être question de renoncer à la mobilisation d’aujourd’hui. Je ne l’ai d’ailleurs pas demandé. Mais aux uns et aux autres j’ai demandé de la retenue et du respect. Merci de m’avoir entendu. Les propos tenus dans la presse par certaines organisations comme les attitudes des chauffeurs mobilisés ont contribué à installer la nécessaire modération. 

La médiation n’aurait pas survécu à une journée de violence. En choisissant la dignité, les VTC donnent sa chance au processus lancé. 

Ils nous créent aussi une obligation, celle d’aboutir. 

Les organisations qui les représentent, les plateformes, moi même avons le devoir de mettre à nu la réalité du métier d’un chauffeur.  

Sans l’embellir, ni le caricaturer. Et d’apporter les correctifs qui le rendent viable. 

Pour l’instant je n’ai pas noté de quelconque mauvaise foi dans les attitudes de mes interlocuteurs. Chacun est dans sa logique et son vécu. Mais à partir de mercredi il va falloir à chacun s’efforcer de rentrer dans un partage du réel. Avec des chiffres, des données, des faits. 

Je serai très attentif à ce que nul n’esquive cet exercice de lucidité. Les VTC nous font confiance; mais si nous les décevons leur colère sera légitime. 

Merci encore une fois à tous de croire en la vertu du dialogue.

Lundi 16 janvier

Dans les deux billets de vendredi dernier j’ai rendu compte des échanges avec les plateformes, d’une part, et les organisations de chauffeurs, d’autre part, sur le sujet du modèle de revenus et de charges des chauffeurs VTC. 

En réponse à ces deux billets, plusieurs chauffeurs VTC ont présenté des décomptes de recettes et de charges parfois convergentes, parfois pas. 

Je les remercie tous car ces chiffres vont contribuer à y voir clair sur ce qui se passe réellement. C’est à mes yeux l’essentiel car c’est la clé de voûte de la recherche d’un accord. Je suis preneur de toutes les contributions que d’autres VTC voudront bien m’apporter sur leurs revenus et leurs charges mensuels. 

Comme vous l’avez peut être lu, je viens d’adresser ce matin aux plateformes et organisations de chauffeurs des demandes précises sur des chiffres précis portant précisément sur le revenu et les charges des chauffeurs. Elles sont ici reproduites sur ce blog.

On avance trop lentement à mon goût mais probablement aussi vite qu’il est possible compte tenu du contexte conflictuel qui prévaut ! Et je ne dévie pas de ma route : écouter et dialoguer avec tous pour établir les faits et, ainsi, créer les conditions de l’élaboration et du partage de solutions adéquates.

Je ne sais pas s’il sera possible d’y parvenir dans le délai imparti. Mais croyez bien que je suis et reste déterminé à tout faire pour y parvenir. Car telle est ma mission de médiateur. 

Lundi 16 janvier : Uber pool

Plusieurs intervenants sur ce blog ont fait valoir que le service Uber pool serait illicite car constitutif d’une vente à la place laquelle est interdite.

J’ai bien sûr été sensible à cette interpellation. J’ai donc fait vérifier les choses par des juristes du ministère des transports spécialisés dans ces questions.

Ils m’indiquent que juridiquement le service Uber pool ne peut être qualifié de vente à la place. Il s’agirait d’une réservation de véhicule avec une offre adaptée, un forfait dégressif de la course suivant le nombre de passagers.

La question devient de surcroit sans objet avec la loi Granguillaume. En effet, son article 6 autorise la vente à la place sous réserve d’une réservation préalable (donc hors maraude).

Vendredi 13 janvier

Bonjour,

Voici le deuxième billet du jour. Il rend compte de la réunion avec les organisations représentant les chauffeurs au sujet de leurs conditions de revenu et de travail.

Les positions dont je rends compte ici sont celles de ces organisations.  

Ce ne sont pas mes propositions de médiateur. J’ai besoin de bien connaître la situation, les avis et demandes de chacun avant de pouvoir définir mes propositions qui viendront en leur temps. Je rappelle que leur but sera de chercher à mettre tout le monde d’accord.

Les points de vue des organisations représentant les chauffeurs sur cette question de la rentabilité de l’activité VTC des chauffeurs et de leurs conditions de travail sont différentes de celles des plateformes, exposées dans le billet précédent. 

J’ai noté que sur l’avenir du métier, plateformes et chauffeurs pouvaient se retrouver sur une vision partagée et positive de cet avenir. Ce n’est pas le cas ici sur la situation concrète des chauffeurs perçue comme bien plus difficile par les organisations de chauffeurs que par les plateformes. Je note ne pas disposer à ce stade d’éléments quantifiés.
1) Un constat unanime: les chauffeurs souffrent tous ou presque tous d’une insuffisance de revenu net et d’un allongement excessif des durées de travail.

Cette situation d’insuffisance est décrite comme générale. 

Il y a des situations correctes, disent les organisations, mais elles sont rares. Elles concernent essentiellement les chauffeurs étant parvenus, seuls ou en groupe, à s’affranchir des plateformes (et donc de leurs tarifs et de leur commission) en se constituant une clientèle directe. 

Pour ce qui concerne les chauffeurs travaillant essentiellement avec les plateformes, la situation est quasi unanimement mauvaise. 

Certains s’en tirent mieux que d’autres, notamment en fonction de la détention ou non du véhicule ou du bénéfice ou non de l’ACCRE et de l’ARS. Mais la situation reste très difficile pour tous. 

Cette situation s’est dégradée depuis les baisses de tarifs d’octobre 2015. Les hausses de décembre 2016 n’ont pas permis de redresser les choses du fait, d’une part, du développement d’Uber pool apportant aux chauffeurs un revenu net perçu comme étant plus réduit et, d’autre part, de la hausse de la commission. La hausse perçue comme forte du nombre de voitures en 2016 dans un marché difficile accentue selon les organisations ce phénomène de dégradation.

Les situations humaines difficiles voire dramatiques se multiplient. 

Un turn over rapide en résulte, nombre de chauffeurs quittant le métier qu’ils jugent trop dégradé.

2) Une demande immédiate: une hausse des tarifs, avec revalorisation du tarif minimum (qui doit être supérieur à celui des taxis) et/ou baisse des commissions

3) Trois autres demandes à satisfaire à moyen terme

– Une infrastructure partagée de géolocalisation 

Les organisations demandent que l’Etat facilite la possibilité pour les chauffeurs d’assurer collectivement l’ensemble de l’activité sans être subordonnés à des plateformes qu’ils ne maîtrisent pas. Il s’agit de mettre en place dans le secteur VTC comme il existe dans le secteur taxi une infrastructure partagée de géolocalisation permettant ainsi à des chauffeurs de créer leur propre plateforme numérique 

– Transparence des situations

Les organisations de chauffeurs demandent aussi que l’Etat assure la transparence des situations des chauffeurs. 

On a vu que plateforme et organisations de chauffeurs ont des diagnostics profondément différents si ce n’est opposés.

Pour clarifier les choses, il conviendrait que l’Etat conduise une étude approfondie sur la situation des chauffeurs et assure la mise à jour continue des données en résultant 

– Clarification du statut 

Pour certains, une clarification du statut de travailleur indépendant. Il devrait être établi que le chauffeur travailleur indépendant peut fixer ses prix et percevoir les recettes directement des clients. (Notons que c’est là une demande non unanime.)